Plus de 50 pays, dont le Canada, sont à Santa Marta, en Colombie, cette semaine pour des discussions de haut niveau sur la manière d’éloigner l’économie mondiale du pétrole, du gaz et du charbon.
Cette réunion ministérielle de deux jours est la pièce maîtresse politique de la First Conference on Transitioning away from Fossil Fuels, coprésidée par la Colombie et les Pays-Bas. Elle intervient alors que certains gouvernements et défenseurs du climat expriment leur frustration face au fait que des années de négociations climatiques de l’ONU n’ont pas avancé de manière suffisamment directe ou rapide sur la production de combustibles fossiles, alors même que le pétrole, le gaz et le charbon demeurent les principaux moteurs du réchauffement climatique.
Cette rencontre vise à faire progresser la planification, non à produire des accords juridiquement contraignants. Les organisateurs la présentent comme un moyen de créer un élan politique entre des pays désireux d’accélérer la transition en dehors du processus formel de l’ONU, en amont de futures négociations climatiques mondiales où le financement et les calendriers devraient rester des sujets délicats.
Pourquoi ces pourparlers sont importants
La question centrale n’est plus seulement de savoir si les pays doivent sortir des combustibles fossiles, mais comment ils en financeront la transition, à quel rythme elle pourrait se concrétiser et par quoi remplacer les systèmes énergétiques dont de nombreuses économies dépendent encore.
Stientje van Veldhoven, ministre néerlandaise chargée de la politique climatique et de la croissance verte, a présenté ce virage comme un enjeu à la fois climatique et sécuritaire. « La conclusion est inévitable : nous devons sortir des combustibles fossiles — non seulement parce que c’est bon pour le climat, mais aussi parce que cela renforce notre indépendance et notre sécurité énergétiques », a-t-elle déclaré.
Les discussions ont porté sur le financement des pays en développement, qui sont souvent confrontés à des coûts d’emprunt élevés et à un accès limité aux capitaux. Les participants ont également débattu des marchés du carbone, des subventions publiques et des moyens d’éviter de reproduire des schémas d’utilisation des terres et d’extraction des ressources qui ont nui à des communautés.
Le rôle complexe du Canada
La présence du Canada est notable, car il est le plus grand producteur de pétrole et de gaz représenté à la conférence, selon un reportage de CBC. Des défenseurs ont salué la participation d’Ottawa tout en soulignant la tension entre la présence à un sommet sur la sortie des combustibles fossiles et des décisions récentes au pays, notamment l’approbation de l’expansion du GNL et un fonds souverain susceptible de soutenir des projets pétroliers et gaziers jugés d’intérêt national.
José Bravo, directeur exécutif de la Just Transition Alliance, a averti que les modalités de toute transition seront déterminantes, notamment si des solutions énergétiques intermédiaires créent de nouvelles charges environnementales. Il a exprimé des inquiétudes au sujet de l’énergie nucléaire et des effets de l’extraction d’uranium sur certaines communautés.
La Colombie met la question en avant
Le président colombien Gustavo Petro a profité de la journée d’ouverture pour avertir que l’avenir de l’Amazonie est lié à la crise climatique, affirmant que sans la forêt tropicale « nous atteignons un point de non-retour ». Il a également estimé que les négociations climatiques de l’ONU n’avaient pas été à la hauteur et a appelé à une action plus large au-delà des gouvernements.
La Colombie illustre elle-même la difficulté. Petro s’est engagé à mettre fin aux nouvelles explorations pétrolières et gazières et à orienter le pays vers une économie post‑combustibles fossiles, alors que le pays demeure fortement dépendant des exportations de pétrole et de charbon. À l’extérieur de la conférence, des membres d’un syndicat minier ont protesté contre Petro et l’événement.
Tuvalu, un État insulaire du Pacifique Sud à faible altitude considéré comme très vulnérable à la montée des eaux, doit accueillir la prochaine conférence sur la transition hors des combustibles fossiles. Cela signifie que les pourparlers de Santa Marta sont mieux compris comme une étape d’un effort politique plus long : un test pour savoir si les pays peuvent transformer un large accord sur la sortie des combustibles fossiles en plans concrets, financements et échéances.
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