La mesure d’inflation privilégiée par Kevin Warsh paraît plus modérée actuellement, mais Bank of America avertit qu’elle pourrait imposer une position plus stricte de la Fed à d’autres périodes.
La manière privilégiée par Kevin Warsh de lire l’inflation peut étayer son plaidoyer pour une vision plus conciliante des prix aujourd’hui, mais elle pourrait aussi limiter sa marge de manœuvre s’il devient président de la Federal Reserve.
Warsh, le candidat du président Donald Trump pour diriger la Fed, a déclaré mardi aux législateurs lors d’une audition au Sénat qu’il souhaite que la banque centrale se concentre davantage sur des mesures d’inflation tronquées plutôt que de s’appuyer principalement sur l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle de base, privilégié de longue date par la Fed.
La distinction est importante car les indicateurs d’inflation peuvent orienter l’appréciation des responsables sur le maintien, la baisse ou la hausse des taux d’intérêt. La mesure core PCE de la Fed exclut l’alimentation et l’énergie, car ces catégories peuvent fortement fluctuer. Warsh a indiqué vouloir aller plus loin en écartant les variations de prix les plus extrêmes afin d’identifier plus clairement la tendance sous-jacente.
“What I’m most interested in is: What’s the underlying inflation rate? Not: What’s the one-time change in prices because of a change in geopolitics or change in beef?” a déclaré Warsh lors de l’audition.
Sur les chiffres actuels, cette approche semble étayer son argument. L’économiste de Bank of America Aditya Bhave a indiqué qu’un indicateur d’inflation tronquée sur 12 mois aurait affiché une moyenne de 2.3% et une médiane de 2.8% à fin février, contre 3% pour le core PCE. Warsh a qualifié la tendance de l’inflation de “quite favorable” lors de l’audition.
Mais Bhave a averti mercredi que ce même cadre pourrait se retourner contre Warsh plus tard. Si seules les hausses de prix les plus extrêmes sont retirées, des augmentations moins marquées dans les catégories liées à l’alimentation ou à l’énergie pourraient rester prises en compte et pousser la mesure tronquée au‑dessus de l’indice core PCE.
Les données de Bank of America suggèrent que cela s’est déjà produit. Bhave a indiqué qu’un indicateur d’inflation à médiane tronquée était supérieur au core PCE en 2019 et 2020, une configuration qui aurait alors pointé vers une posture plus restrictive de la Fed.
Cela crée un test de crédibilité pour Warsh s’il prend la tête de la banque centrale. “To preserve Fed credibility and avoid optics of cherry picking, Warsh will need to stick with his preferred metrics even when they are outpacing the core,” a déclaré Bhave.
Le débat intervient alors que Warsh fait l’objet d’un examen sur sa propension éventuelle à orienter la politique monétaire selon les préférences de Trump. Lors de l’audition de mardi, Warsh a rejeté l’idée qu’il abaisserait les taux simplement parce que Trump le souhaiterait, tout en répondant à des questions sur sa richesse et son indépendance vis‑à‑vis du président.
Pour l’instant, la question pratique est moins de savoir si les mesures tronquées peuvent être utiles que de savoir si Warsh s’y fiera de manière constante lorsqu’elles ne soutiendront plus l’orientation de politique qu’il privilégie.
Commentaires (0)