ANTALYA, Turquie — La Turquie a rassemblé des dirigeants et des hauts responsables de 150 pays lors de l'Antalya Diplomacy Forum ce week‑end, utilisant le sommet pour renforcer les efforts de médiation autour de la guerre en Iran et rallier le soutien pour des routes commerciales et énergétiques contournant le détroit d'Hormuz.
Cette démonstration de coordination des puissances moyennes a souligné la volonté d'Ankara d'étendre sa portée diplomatique alors que les perturbations des chaînes d'approvisionnement se propagent depuis le Moyen‑Orient. Des délégations du Moyen‑Orient, d'Asie centrale, d'Europe, d'Amérique du Sud et d'ailleurs ont mené une dense série de discussions visant des réponses communes aux chocs politiques, économiques et sécuritaires.
Parmi les participants figuraient des représentants d'Égypte, de Syrie, du Pakistan, du Qatar, des Émirats arabes unis, de l'Arabie saoudite, de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan, de la Géorgie, de la Moldavie, de l'Ukraine et une délégation d'Iran, entre autres, lors d'une série de réunions bilatérales et de débats plus larges.
L'émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, a rejoint le président turc Recep Tayyip Erdoğan et le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif pour une réunion trilatérale sur les développements liés à la guerre en Iran, signalant l'urgence de la diplomatie régionale.
Pour cadrer les enjeux, Erdoğan a déclaré que les institutions internationales sont « de plus en plus incapables de répondre aux défis contemporains », ajoutant : « La diplomatie n'est plus simplement un domaine où l'on discute des conflits et des intérêts. C'est aussi une plateforme où se décide l'avenir de l'humanité. »
Les alternatives à Hormuz au centre des débats
Un autre axe central a été l'accélération des alternatives au détroit d'Hormuz. Plusieurs pays ont soutenu que la Trans‑Caspian International Transport Route — largement connue sous le nom de Middle Corridor — est devenue une voie stratégique Asie–Europe face aux perturbations du Moyen‑Orient.
Le Middle Corridor relie la Chine et l'Asie du Sud‑Est par rail et mer à travers le Kazakhstan, l'Azerbaïdjan et la Géorgie jusqu'à la Turquie, puis vers l'Europe. Kubanychbek Omuraliev, Secretary‑General of the Organisation of Turkic States, a déclaré que le corridor devient une option plus efficace, plus sûre, plus courte et moins coûteuse pour les routes affectées par les conflits.
Le rôle de l'Azerbaïdjan comme plaque tournante clé du transit a été souligné après sa paix avec l'Arménie. Le haut responsable azerbaïdjanais Hikmet Hajiyev a dit que les récents chocs dans la logistique mondiale mettent en lumière l'importance du corridor, en notant que Bakou réexamine un concept des « Four Seas » reliant la mer Caspienne, la mer Noire, la Méditerranée et l'Adriatique. Il a affirmé que l'Azerbaïdjan poursuit une approche inclusive qui prend en compte l'Arménie comme pays de transit et travaille avec des partenaires européens, les États‑Unis et l'Arménie sur des liaisons vers Nakhchivan.
Les responsables ont également mis en avant un maillon intermédiaire dans le Caucase du Sud connu sous le nom de Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP), décrit comme une nouvelle connexion de transit énergétique et logistique, négociée par Washington après l'accord de paix Arménie–Azerbaïdjan, pour relier l'Azerbaïdjan continental à son exclave de Nakhchivan via le sud de l'Arménie. Le vice‑ministre des Affaires étrangères de l'Arménie, Vahan Kostanyan, a déclaré que le projet passe à la phase de mise en œuvre avec des partenaires américains, avec des études de faisabilité en cours.
Le premier ministre géorgien Irakli Kobakhidze a déclaré que son pays vise à fonctionner comme un pont entre l'Europe et l'Asie et comme un hub de transit pour la connectivité énergétique, notamment alors que les routes commerciales traditionnelles connaissent de nouvelles tensions.
Dans un signal notable de recalculs régionaux, le président syrien Ahmed al‑Sharaa a déclaré que Damas veut positionner la Syrie comme une route alternative pour l'énergie et les marchandises, en tirant parti de son accès méditerranéen. Il a indiqué que la Syrie a un accord avec l'Irak pour que les exportations de pétrole irakien passent par les ports syriens et a exprimé son intérêt à rejoindre un projet énergétique « Four Seas ». Al‑Sharaa a ajouté que la Syrie et la Turquie planifient des projets de connectivité régionale, et il a présenté une éventuelle coopération économique avec l'Ukraine sur l'agriculture…
Appels à la retenue et à la réforme
Le forum a aussi donné lieu à des débats sur la gouvernance mondiale et le rôle des États de taille moyenne. Le président kazakh Kassym‑Jomart Tokayev a appelé à la « retenue stratégique » de la part des dirigeants mondiaux et a plaidé pour la réforme des Nations unies, arguant que le Conseil de sécurité est devenu un obstacle au changement et avertissant de la marginalisation de l'ONU dans la médiation des conflits.
Alors que l'élan en faveur du Middle Corridor et des liaisons connexes se renforçait, il reste incertain quels projets avanceront en premier et selon quels calendriers. Les responsables ont indiqué que d'autres études de faisabilité et de coordination sont prévues dans le Caucase du Sud et la région au sens large. Les développements dans et autour du détroit d'Hormuz — et toute avancée diplomatique sur la guerre en Iran — détermineront la rapidité avec laquelle les États pousseront de nouveaux corridors et des connexions énergétiques depuis l'Asie centrale via le Caucase du Sud jusqu'à la Méditerranée.
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