Le premier jour de pourparlers directs entre les États-Unis et l’Iran en Suisse a produit des avancées tangibles mais limitées vers un accord plus large, notamment une dérogation américaine temporaire aux sanctions sur le pétrole iranien et un nouveau canal destiné à réduire les risques dans le détroit d’Ormuz.
Mais l’optimisme initial s’accompagne d’un problème central : Washington et Téhéran décrivent différemment certains éléments du résultat. Les désaccords les plus vifs portent sur la question de savoir si l’Iran a accepté de laisser revenir des inspecteurs nucléaires internationaux et si des avoirs iraniens gelés seront libérés avec des contrôles imposés par les États-Unis.
Où les parties semblent s’accorder
Les États-Unis ont levé les sanctions sur le pétrole iranien pour 60 jours, une mesure dont on rapporte qu’elle permettrait de débloquer environ 67 millions de barils de pétrole retenus sur des navires et pétroliers dans le Golfe. Les exportations pétrolières et les ventes pétrochimiques de l’Iran figurent parmi les enjeux économiques centraux des pourparlers, et un allègement des sanctions est depuis longtemps une demande majeure de Téhéran.
Les médiateurs Qatar et Pakistan ont déclaré dans un communiqué conjoint que les négociateurs s’étaient également mis d’accord sur la structure de la prochaine phase de discussions. « Les négociateurs en chef rendront compte régulièrement au High Level Committee et dirigeront des groupes de travail axés sur le nucléaire, les sanctions, et un groupe de suivi et de règlement des différends afin d’assurer la mise en œuvre effective du MoU, et sur d’autres questions », indique le communiqué.
Les deux parties ont aussi établi une ligne de communication liée au détroit d’Ormuz, visant à éviter les incidents et les malentendus et à permettre aux navires commerciaux de traverser le passage en toute sécurité. L’Iran a fermé le détroit après que des frappes américano‑israéliennes ont commencé fin février, une décision qui a secoué les marchés de l’énergie. En temps de paix, cette route transporte environ 20 % des expéditions mondiales de pétrole et de gaz naturel.
Où les récits divergent
Un important désaccord porte sur les fonds iraniens gelés à l’étranger. Le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a déclaré lundi que les États-Unis avaient accepté de débloquer 12 milliards de dollars d’avoirs iraniens gelés. Washington n’a pas confirmé ce chiffre.
Les responsables américains ont plutôt mis l’accent sur les restrictions appliquées à tout fonds libéré. Le vice‑président JD Vance a déclaré que si des avoirs iraniens étaient dégelés, ils seraient utilisés pour acheter des produits agricoles américains. Le président Donald Trump a affirmé que l’argent ou l’allégement des sanctions serait placé sous séquestre contrôlé par les États-Unis pour des achats de nourriture et de fournitures médicales, y compris du maïs, du blé et du soja américains.
L’Iran a rejeté l’idée que les fonds seraient limités à des biens américains. Le porte‑parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, a déclaré que les avoirs seraient libérés et utilisés avec « une liberté absolue » par l’Iran pour acheter les biens et les produits dont le pays a besoin.
Le différend le plus important porte sur les inspections nucléaires. Vance a affirmé que l’Iran avait accepté d’inviter des inspecteurs de lInternational Atomic Energy Agency à revenir dans le pays, qualifiant cela d’étape majeure vers la fin de ce qu’il a décrit comme un programme iranien d’armes nucléaires. Trump a ensuite insisté sur le fait que l’Iran avait accepté des inspections nucléaires de haut niveau et à long terme et a dit que les négociations ne se poursuivraient pas sans cet engagement.
Les responsables iraniens ont nié qu’un tel calendrier ait été fixé. Baghaei a affirmé que l’Iran n’avait pas rencontré le directeur général de l’IAEA, Rafael Grossi, et qu’il n’y avait pas de calendrier clair pour que des inspecteurs de l’IAEA examinent les installations nucléaires iraniennes.
Ce qui reste en suspens
Les pourparlers en sont encore à un stade précoce, et plusieurs des questions les plus difficiles n’ont pas été résolues. Celles‑ci incluent le sort des réserves d’uranium enrichi de l’Iran et l’étendue précise de l’allègement des sanctions dans un accord final.
Dans le cadre de l’accord nucléaire de 2015, l’Iran était autorisé à enrichir l’uranium seulement jusqu’à 3,67 %, un niveau associé à l’énergie nucléaire civile. Trump a retiré les États-Unis de cet accord en 2018. Depuis, l’Iran aurait repris un enrichissement à des niveaux plus élevés et détient actuellement 440 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %, en dessous des niveaux d’armes mais beaucoup plus proche du seuil autorisé par l’ancien accord.
Les États‑Unis ont réclamé que l’Iran remette son stock d’uranium enrichi. L’Iran a constamment répété qu’il ne le ferait pas, bien qu’il ait parfois semblé ouvert à d’autres options, notamment le transfert de matériel vers un pays tiers ou sa dilution à l’intérieur de l’Iran.
L’ambassadeur d’Iran auprès des Nations unies à Genève, Ali Bahreini, a déclaré que des discussions à l’échelon technique se poursuivaient et que des groupes de travail sur les sanctions et les questions nucléaires seraient constitués dans les prochains jours. L’épreuve suivante est de savoir si ces groupes pourront transformer les entendements limités du premier jour en un texte commun sur des sujets que les deux parties continuent de présenter en des termes nettement différents.
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