WhatsApp a lancé des clavardages privés avec Meta AI et affirme que les conversations ne seront pas conservées dans les journaux des serveurs, tandis que des experts soulèvent des enjeux de reddition de comptes.
WhatsApp a introduit un « mode incognito » pour les conversations avec son robot conversationnel Meta AI, offrant des échanges que, selon les dirigeants de l’entreprise, Meta ne peut pas lire et qui ne seront pas stockés comme historiques de clavardage sur ses serveurs.
La fonction vise les personnes qui souhaitent poser des questions sensibles à un assistant IA sans laisser de trace accessible. Will Cathcart, qui dirige WhatsApp, a indiqué que les gens veulent des réponses sur la santé, les relations et les finances, mais qu’ils peuvent hésiter à partager des renseignements personnels avec l’entreprise.
Lorsque le mode est activé, ni les messages de l’utilisateur ni les réponses du robot ne sont surveillés, et les échanges précédents disparaissent du clavardage de l’utilisateur, selon l’annonce relayée par la BBC. Le chef de la direction de Meta, Mark Zuckerberg, l’a décrit comme le « premier grand produit d’IA où il n’existe aucun enregistrement de vos conversations stocké sur des serveurs ».
Ce pas en avant pour la vie privée soulève toutefois une question plus délicate : que se passe-t-il si une réponse de l’IA cause un préjudice et que personne ne peut récupérer la conversation ensuite?
Le professeur Alan Woodward, expert en cybersécurité à Surrey University, a dit à la BBC que le nouveau système présente un faible risque d’affaiblir la sécurité déjà en place sur WhatsApp. Mais il a prévenu que des conversations éphémères pourraient limiter la reddition de comptes si un robot conversationnel fournit des conseils dangereux ou trompeurs.
« À titre personnel, je pense que ce que vous demandez à une IA devrait rester privé, car certaines personnes l’interrogent sur des sujets très personnels — mais vous placez énormément de confiance dans l’IA pour ne pas égarer les utilisateurs », a déclaré Woodward.
La préoccupation est d’autant plus vive que des entreprises d’IA font face à des poursuites liées à des préjudices allégués découlant d’interactions avec des robots conversationnels. Si ni les utilisateurs ni Meta ne peuvent récupérer l’historique d’un clavardage, il pourrait être difficile d’établir ce qui a été dit avant un incident impliquant un préjudice, un décès ou un suicide.
Cathcart a précisé que la fonction incognito gèrera d’abord les textes plutôt que les images et que les garde-fous de Meta AI seront prudents, en refusant les demandes pouvant être interprétées comme nuisibles ou illégales. Il a aussi indiqué que la technologie derrière ce nouveau mode n’est pas la même que le chiffrement de bout en bout de WhatsApp pour les messages ordinaires, tout en la qualifiant d’équivalente pour l’objectif visé.
Ce lancement s’inscrit dans la volonté de Meta d’intégrer davantage l’IA à ses applications. Meta AI a été ajouté à WhatsApp l’an dernier et a essuyé des critiques d’utilisateurs qui déploraient de ne pas pouvoir le désactiver. En mai 2025, Zuckerberg a affirmé que Meta AI avait atteint un milliard d’utilisateurs sur l’ensemble des applications de Meta, dont WhatsApp, Instagram, Facebook et Messenger.
WhatsApp a bloqué d’autres robots conversationnels d’IA sur ses systèmes, ce qui fait de l’assistant de Meta le seul robot accessible aux milliards d’utilisateurs de la plateforme. Le test qui reste en suspens pour ce nouveau mode privé est de savoir si Meta peut préserver la confidentialité qu’elle promet tout en assurant une supervision suffisante lorsque quelque chose tourne mal.
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