Un téléphone qui se branche au mur et ne fait guère plus que passer des appels devient une solution moderne à un problème très actuel : comment rester connecté sans remettre un écran supplémentaire.
Le regain d’intérêt est porté en partie par Tin Can, un téléphone résidentiel contrôlé par les parents pour enfants, qui fonctionne en Wi‑Fi et ne peut appeler que des contacts approuvés par les parents ainsi que le 911. L’appareil n’a ni applis, ni textos, ni jeux. CBC News a rapporté que la startup basée à Seattle qui le fabrique a vendu des centaines de milliers d’unités au Canada et aux États‑Unis depuis son lancement l’an dernier, ses cinq premiers lots étant épuisés et un sixième attendu en juin.
L’attrait ne se limite pas aux enfants. Des appareils de type ligne fixe, des « téléphones physiques » fonctionnant en Bluetooth, des téléphones rétro muraux et des modèles à cadran rotatif trouvés d’occasion s’inscrivent tous dans une volonté plus large, chez certains consommateurs, de mettre de la distance entre la vie quotidienne et les smartphones. CBC a également noté un intérêt croissant au Canada pour des « téléphones vintage » sur Pinterest et des recherches Google visant un téléphone fixe Ikea, alors même qu’un tel produit n’existe pas malgré des affirmations sur les réseaux sociaux.
Un téléphone plus simple à une époque plus complexe
Pour les parents, la tendance se heurte à un débat plus large sur l’accès des jeunes aux smartphones, aux médias sociaux et aux chatbots d’intelligence artificielle. CBC a rapporté que le gouvernement fédéral envisage des restrictions sur l’accès des jeunes Canadiens aux plateformes sociales et aux chatbots d’IA, tandis que le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, a annoncé que la province sera la première à interdire aux jeunes d’utiliser les médias sociaux et les chatbots d’IA.
D’autres juridictions vont dans le même sens. L’interdiction de l’Australie de l’utilisation des médias sociaux par les moins de 16 ans est entrée en vigueur en décembre, les parlementaires en France ont approuvé un projet de loi pour interdire les médias sociaux aux moins de 15 ans, et l’Union européenne a mis en cause Meta, l’accusant de ne pas en avoir fait assez pour empêcher les moins de 13 ans d’accéder à Facebook et Instagram, a rapporté CBC.
Cette pression politique reflète une inquiétude croissante quant à la sécurité en ligne et à la santé mentale des jeunes. Le reportage de CBC a cité des chercheurs selon lesquels les plateformes de médias sociaux sont conçues pour être addictives, l’usage par les jeunes étant lié à des perturbations du sommeil, à des symptômes de dépression et d’anxiété, ainsi qu’à des effets négatifs sur l’attention et la mémoire.
Pourquoi la « friction » fait partie de l’argumentaire
Richard Lachman, professeur de médias numériques à l’Université métropolitaine de Toronto, a déclaré à CBC que les téléphones fixes réintroduisent de la « friction » dans la communication — une petite part d’effort qui peut rendre la technologie plus délibérée. « Cela nous permet de contrôler quand, où, comment et pendant combien de temps nous nous engageons », a-t-il dit.
Cette idée alimente aussi, chez les adultes, l’intérêt pour des technologies à usage unique : disques vinyles, appareils photo argentiques, DVD, clubs hors ligne et loisirs comme le tricot ou le crochet. Dans ce contexte, les limites du téléphone fixe font partie de l’intérêt. Il permet de passer un appel, mais il ne peut pas aspirer l’utilisateur dans des fils, des alertes ou des jeux.
Ce retour tient davantage du signal culturel que d’un renversement complet; les smartphones restent l’outil dominant de communication. Mais la popularité des téléphones au style rétro laisse entrevoir un marché croissant pour des appareils qui promettent la connexion sans sollicitations constantes de l’attention — en particulier pour les familles qui cherchent à décider quand, et comment, les enfants devraient entrer dans l’ère du smartphone.
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