Une étude en Colombie‑Britannique estime que la naloxone à emporter gratuite a permis d’éviter la majorité des décès potentiels par intoxication aux opioïdes, soulignant à la fois la valeur et les limites de la réduction des méfaits.
La naloxone nasale et intramusculaire offerte gratuitement en Colombie‑Britannique aurait empêché entre 76 et 80 % des décès potentiels par intoxication aux opioïdes entre 2019 et 2024, selon des chercheurs qui disent que ces résultats montrent l’ampleur des vies sauvées grâce aux efforts de réduction des méfaits pendant la crise des drogues toxiques.
L’estimation, basée sur de la modélisation et des données provinciales, survient alors que la C.-B. marque une décennie depuis la déclaration des drogues toxiques en tant qu’urgence de santé publique. L’auteur principal de l’étude, Mike Irvine, scientifique principal au B.C. Centre for Disease Control, a déclaré que ce résultat reflète le travail d’équipes de la province qui ont élargi l’accès à la naloxone.
« C’est un chiffre assez incroyable à considérer, » a dit Irvine à CBC News. « À quoi ressemblerait la situation si ces outils n’étaient pas disponibles, ce n’est pas quelque chose dont il vaut la peine d’imaginer. »
Les conclusions soulignent aussi les limites de la seule intervention d’urgence. Le B.C. Coroners Service a enregistré 12 356 décès liés à la crise des drogues toxiques pendant la période étudiée, un bilan qui, selon Irvine, montre combien il reste à faire pour prévenir les intoxications avant qu’elles ne surviennent.
La naloxone nasale et intramusculaire est disponible gratuitement dans toute la C.-B. par l’entremise du programme Take Home Naloxone. Mais Irvine a dit que l’accès aux ressources de réduction des méfaits n’est pas égal partout dans la province, et les chercheurs se sont concentrés sur la période 2019‑2024 parce qu’elle inclut d’importants changements de la toxicité du marché non réglementé ainsi que des variations d’accès aux services durant la pandémie.
Les chercheurs ont aussi constaté que les mesures de réduction des méfaits peuvent réduire considérablement le risque qu’une intoxication devienne fatale. Irvine a indiqué qu’environ une intoxication sur dix se termine par un décès, mais que ce taux tombe à une sur vingt lorsque des interventions comme la naloxone ou les sites de prévention des surdoses sont impliquées. Le rapport estime que les sites de prévention des surdoses et de consommation supervisée ont empêché environ 340 décès potentiels pour 100 000 personnes qui s’injectaient des drogues pendant la période étudiée.
Alexis Crabtree, médecin de santé publique au BCCDC qui dirige le programme Take Home Naloxone, a dit que la naloxone demeure un outil de sécurité important parce qu’elle peut être transportée par des personnes qui n’utilisent pas de substances ainsi que par celles qui en consomment.
Cependant, Crabtree a affirmé que la province doit agir « en amont de la naloxone », notamment en renforçant les systèmes de prévention, de traitement et de récupération. Elle a également souligné l’importance de l’éducation des jeunes et de soutiens culturellement adaptés, y compris la guérison axée sur le territoire, étant donné l’impact disproportionné de la crise sur les peuples autochtones.
Bernie Pauly, scientifique au Canadian Institute for Substance Use Research, a indiqué que réduire les décès chez les personnes en situation d’itinérance exigera aussi de l’attention sur le logement, le soutien en traumapsychosocial et le counselling. Elle a averti que les déplacements peuvent éloigner les personnes de l’aide, aggravant l’isolement et le stress.
Le message central de l’étude est sans détour : la naloxone empêche de nombreux décès, mais le bilan toujours élevé des drogues toxiques signifie que le prochain défi en C.-B. n’est pas seulement d’intervenir plus rapidement lors des surdoses, mais de prévenir un plus grand nombre d’intoxications.
Commentaires (0)