Un rapport québécois et de nouvelles données fédérales en santé ravivent l’inquiétude que les garçons accusent un retard à l’école et font face à des tendances plus préoccupantes en santé mentale.
Un nouveau rapport québécois relance le débat sur le fait que des garçons seraient laissés pour compte à l’école, en pointant des écarts dans les taux de décrochage, la maîtrise de la langue et l’accès à des parcours scolaires qui, selon certains experts, peuvent se dessiner dès la maternelle.
Le livre blanc, préparé par le député de Quebec Solidaire Gabriel Nadeau-Dubois et soumis au gouvernement du Québec, affirme que les garçons sont « désavantagés de manière systémique » dans le système scolaire. CBC a rapporté que le taux annuel de décrochage au secondaire cité dans le document est de 27.1 % chez les garçons, contre 19.9 % chez les filles.
Le rapport constate aussi que les garçons sont à la traîne à une épreuve de français standardisée au secondaire, un peu plus de 60 % atteignant le seuil, contre plus de 70 % des filles. Il indique que les garçons sont moins susceptibles d’être admis dans des programmes scolaires prestigieux au secondaire et plus susceptibles que les filles d’avoir des déficiences ou troubles d’apprentissage, à 8.1 % contre 5.5 %.
Pour certains parents, l’enjeu ne tient pas seulement aux notes, mais à la façon dont les premières années de classe correspondent à la manière dont beaucoup de jeunes garçons apprennent et se comportent. Jessica Sabatini, enseignante à Montréal et mère de quatre enfants, a dit à CBC craindre que son fils de six ans vive la maternelle autrement que ses filles, de longues périodes assises et des fiches d’exercices rendant sa journée plus difficile.
« Ma plus grande crainte, c’est qu’il n’ait pas l’impression d’avoir sa place ou de pouvoir réussir dans cet environnement, a dit Sabatini. Et s’il ne sent pas qu’il peut réussir, il va tout simplement abandonner. »
Catherine Haeck, économiste basée à Montréal qui étudie l’éducation et le développement de la petite enfance, a déclaré à CBC que la question dépasse le Québec. Elle a dit qu’on peut observer des garçons prendre du retard sur les filles dès l’âge de cinq ans et a soutenu que les écoles doivent répondre plus tôt à des besoins d’apprentissage différents.
Le débat s’inscrit toutefois dans un contexte important. Des experts cités par CBC disent qu’on hésite parfois à parler d’une « crise des garçons » parce que les femmes font toujours face à des inégalités structurelles sur le marché du travail. Des données de Statistics Canada citées dans le rapport montrent que les femmes occupaient 42.7 % des postes de direction intermédiaire et 30.8 % des postes de haute direction en 2021, et gagnaient 88 cents pour chaque dollar gagné par les hommes en 2025.
Ces écarts à l’école sont toutefois liés à des conséquences à plus long terme. Des données de Statistics Canada pour 2023-24 citées par CBC montrent que les hommes représentaient 44.5 % des campus postsecondaires, contre 55.5 % pour les femmes. Des données de Health Canada citées dans le rapport indiquent que les garçons reçoivent un diagnostic de TDAH près de deux fois plus souvent que les filles, à 10.8 % contre 5.9 %.
De nouvelles données de Health Canada montrent aussi que la proportion d’hommes de 15 à 24 ans qui évaluaient leur santé mentale comme « très bonne » ou « excellente » est passée de 70 % en 2012 à 52 % en 2022. Haeck a dit à CBC que soutenir les garçons en difficulté ne doit pas se traduire par un recul du soutien aux filles: « L’idée n’est pas de changer quoi que ce soit du côté des femmes. L’idée est de mettre en place des stratégies qui aident les garçons à réussir. »
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