D’éminents prévisionnistes ont nettement relevé leurs estimations d’inflation aux États-Unis, compliquant la trajectoire des taux de la Fed alors que les données récentes signalent un regain de pression.
L’inflation américaine devrait s’aggraver au cours des prochains mois, selon le plus récent Survey of Professional Forecasters, ce qui hausse les enjeux pour les décideurs de la Federal Reserve alors que les derniers rapports montrent un regain de pression tant à la consommation qu’au stade de gros.
L’enquête trimestrielle, menée par la Federal Reserve Bank of Philadelphia, fixe l’inflation des prix à la consommation à 6 % à court terme, en forte hausse par rapport à 2.7 % dans l’enquête précédente. Le reportage de CNBC sur l’enquête présentait ce chiffre dans son titre comme une projection pour le deuxième trimestre, alors que le texte de l’article l’identifie comme une projection pour le premier trimestre.
L’orientation générale est claire: les prévisionnistes s’attendent désormais à une inflation plus élevée qu’il y a trois mois. Pour l’ensemble de l’année, le panel anticipe un indice des prix à la consommation « toutes catégories » à 3.5 % et un IPC de base — qui exclut les aliments et l’énergie — à 2.9 %. Ces deux mesures étaient estimées à 2.6 % dans l’enquête précédente.
Les pressions sur les prix devraient rester élevées jusqu’au troisième trimestre, avec un IPC global projeté à 3 % et un IPC de base à 2.9 %. Le panel prévoit un certain répit au quatrième trimestre, avec un IPC global à 2.5 % et un IPC de base à 2.7 %.
La mesure d’inflation privilégiée par la Fed, l’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE), devrait aussi demeurer au‑dessus de la zone de confort de la banque centrale. L’inflation PCE globale est projetée à 4.5 % au deuxième trimestre, contre 3.4 % pour la PCE de base, comparativement à des estimations antérieures de 2.7 %.
L’enquête a suivi la publication des données d’avril montrant une hausse des prix à la consommation à un rythme annuel de 3.8 %, un sommet en près de trois ans, tandis que les prix à la production ont augmenté de 6 %, leur plus forte lecture depuis décembre 2022. L’enquête précédente a été réalisée avant les attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, des hostilités qui, selon le rapport, ont fait bondir les prix de l’énergie et propulsé les données d’inflation bien au‑delà de la cible de 2 % de la Fed.
Ces perspectives pourraient compliquer le cadre de politique monétaire alors que Kevin Warsh doit devenir président de la Fed. Warsh a indiqué qu’il souhaiterait des taux d’intérêt plus bas, mais le rapport souligne que des lectures d’inflation élevées et un sentiment, chez d’autres décideurs, en faveur du maintien des taux — avec une ouverture à des hausses si l’inflation s’aggrave — pourraient rendre cet objectif difficile.
Les prévisionnistes ont aussi abaissé leurs perspectives de croissance. Ils s’attendent à ce que le produit intérieur brut progresse à un rythme annualisé de 2.1 % au deuxième trimestre et de 2.2 % pour l’ensemble de l’année, en baisse de 0.3 point de pourcentage par rapport à l’estimation précédente. La croissance devrait ralentir à 1.9 % en 2027 avant de repasser au‑dessus de 2 % dans les années suivantes. Le taux de chômage devrait se stabiliser autour de 4.5 % cette année.
Les prochains rapports sur l’inflation aideront à déterminer si cette projection reflète un choc temporaire ou un revers plus durable dans l’effort de la Fed pour ramener l’inflation à sa cible.
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