Les investisseurs obligataires laissent entendre que la Fed est en retard face à l’inflation, alors que Kevin Warsh se prépare à prendre la tête de la banque centrale après des chiffres d’inflation d’avril plus élevés.
Selon Ed Yardeni, président de Yardeni Research, le marché obligataire signale que la Federal Reserve pourrait devoir passer d’un biais accommodant à une posture plus restrictive, au moment où Kevin Warsh s’apprête à prendre les commandes de la banque centrale.
Yardeni a indiqué que Wall Street s’attend à ce que le Federal Open Market Committee abandonne son biais en faveur de taux plus bas lors de la réunion de politique monétaire du mois prochain. Les traders obligataires, dit-il, veulent quelque chose de plus ferme : un signal montrant que les décideurs sont prêts à resserrer si l’inflation reste au-dessus de la cible.
Le signal avancé par Yardeni est le rendement du bon du Trésor américain à 2 ans, qui se négocie au-dessus du taux des fonds fédéraux. À ses yeux, cela traduit l’inquiétude des investisseurs : le taux directeur actuel ne serait pas assez élevé pour ramener l’inflation sous contrôle.
“The market is signaling that the current FFR is too low to curb inflation and may have to be hiked,” a écrit Yardeni mercredi dans une note à ses clients.
Le débat s’est durci après une série de rapports sur l’inflation faisant état d’un regain des pressions sur les prix à la suite de la guerre en Iran. En avril, les prix à la consommation ont augmenté de 3,8 % sur un an, leur rythme annuel le plus rapide depuis 2023. L’inflation des prix de gros a grimpé de 6 % sur 12 mois, son rythme le plus rapide depuis 2022.
Ces chiffres compliquent la tâche de Warsh, le choix du président Donald Trump pour succéder à Jerome Powell à la présidence de la Fed. Warsh a été confirmé par le Sénat cette semaine, et le secrétaire au Trésor Scott Bessent a évoqué jeudi l’imminence de la “Warsh Fed”. Bessent a précisé que Warsh entrera en fonctions à l’issue du mandat de Powell, vendredi.
Trump presse depuis longtemps la Fed de baisser les taux d’intérêt, estimant que des coûts d’emprunt plus faibles aideraient l’économie. Les marchés, toutefois, ont pris la direction inverse : d’après l’outil FedWatch de CME Group, les opérateurs sur les contrats à terme sur les fed funds n’anticipent plus aucune baisse de taux d’ici la fin de l’année, et la probabilité attribuée à une hausse a augmenté ces derniers jours.
Bessent a livré une lecture plus bénigne du choc inflationniste, déclarant à CNBC qu’il s’attend à une ou deux autres lectures d’inflation élevées avant une “désinflation substantielle”. Selon lui, la poussée liée à l’énergie devrait se renverser, les États-Unis “allant continuer à pomper” du pétrole, ce qui atténuerait la perturbation de l’offre liée à la guerre en Iran.
Ce décalage illustre le défi immédiat qui attend Warsh : les investisseurs veulent des preuves que la Fed ne se laissera pas distancer par un nouvel accès d’inflation, tandis que le chef du Trésor plaide la patience au motif que la dernière poussée pourrait n’être que temporaire. La prochaine réunion de politique monétaire dira si la banque centrale se contente d’abandonner son biais accommodant ou si elle envoie un message plus ferme sur un possible resserrement.
Commentaires (0)