Narendra Modi a demandé aux Indiens de restreindre les achats d’or, la consommation de carburant et les voyages à l’étranger, alors que la hausse des coûts pétroliers met sous pression la roupie et les comptes extérieurs de l’Inde.
Le premier ministre Narendra Modi exhorte les Indiens à acheter moins d’or, à consommer moins de carburant, à télétravailler lorsque c’est possible et à éviter les déplacements à l’étranger non essentiels, alors que la guerre en Iran fait grimper le prix de l’énergie et intensifie la pression sur la roupie.
Cet appel, lancé lors d’un événement public à Hyderabad dimanche, est une demande directe aux ménages d’aider à économiser des dollars à un moment où la facture d’importation de l’Inde augmente et où les entrées de capitaux s’affaiblissent. Il ne signale pas un risque de défaut imminent: l’Inde dispose d’environ 690 milliards de dollars de réserves de change, de quoi couvrir environ 11 mois d’importations de biens. Mais la pression est réelle et croissante.
L’Inde importe environ 90 % de son pétrole brut et près de la moitié de ses besoins en gaz. Le détroit d’Ormuz étant fermé depuis plus de deux mois en raison du conflit, la facture d’importation du pays s’est alourdie de plusieurs milliards de dollars. Les réserves de change ont diminué de 38 milliards de dollars depuis le début de la guerre en Iran, selon les reportages de la BBC fondés sur des données officielles et de marché.
La tension se répercute déjà sur les consommateurs. Les tarifs aériens ont augmenté à mesure que les compagnies répercutent le coût du carburant, les vacances à l’étranger deviennent plus chères, et les importations d’or — depuis longtemps une source majeure de demande de dollars — sont devenues une nouvelle cible. Le gouvernement a fortement relevé les droits d’importation sur l’or et l’argent à 15 %.
Le ministre du Pétrole, Hardeep Singh Puri, a tenu à rassurer le public: il n’y a pas de pénurie de carburant. Mais un pétrole proche de 100 $ le baril met à l’épreuve les finances publiques après des mois où les autorités ont absorbé une grande partie du choc. Vendredi, l’Inde a relevé pour la première fois en quatre ans les prix de l’essence et du diesel: à Delhi, les détaillants ont augmenté les tarifs de trois roupies le litre, soit plus de 3 %, pour compenser la hausse du brut à l’international.
Des économistes et analystes de marché estiment que le gouvernement cherche un équilibre délicat: limiter la demande de dollars, contenir l’inflation, protéger les ménages les plus pauvres et éviter une chute plus marquée de la roupie. Uday Kotak, banquier indien chevronné, a averti cette semaine les dirigeants du secteur que l’effet complet du choc énergétique n’avait pas encore atteint les consommateurs. « Nous devons nous préparer au pire », a-t-il dit.
Les économistes de Nomura, Aurodeep Nandi et Sonal Varma, estiment que les propos de Modi indiquent que la pression sur les finances publiques approche d’un point de bascule, avec une tolérance moindre à une nouvelle dépréciation de la roupie et une probabilité accrue que les consommateurs supportent une plus grande part de l’ajustement. Nomura prévoit que le déficit budgétaire de l’Inde s’élargira à 4,6 % du produit intérieur brut d’ici mars 2027, au-dessus de l’objectif gouvernemental de 4,3 %, tandis que le déficit de la balance des paiements a dépassé 70 milliards de dollars.
La faiblesse de la roupie ne s’explique pas uniquement par la guerre. Les investisseurs étrangers ont retiré environ 22 milliards de dollars des actions indiennes ces derniers mois, tandis que l’investissement étranger direct net stagne. Les craintes liées au ralentissement du commerce mondial, aux menaces tarifaires américaines et à la position de l’Inde dans des secteurs émergents comme l’intelligence artificielle, les batteries et les véhicules électriques pèsent aussi sur le sentiment des investisseurs.
Le conseiller économique en chef de l’Inde, V Anantha Nageswaran, a déclaré que maîtriser les équilibres extérieurs tout en évitant un affaiblissement supplémentaire de la roupie sera le principal défi macroéconomique du pays cette année. Certains économistes soutiennent que des subventions généralisées au carburant ne sont pas viables et que tout allégement devrait être davantage ciblé, notamment pour les ménages plus pauvres qui dépendent du gaz de cuisson.
Pour l’heure, le message de Modi est qu’une retenue volontaire peut contribuer à réduire la demande de dollars avant que les forces du marché n’imposent un ajustement plus sévère. Le prochain test sera de savoir si les prix du carburant, l’inflation et la roupie peuvent être stabilisés sans imposer une contrainte plus large aux consommateurs indiens.
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