Les actions américaines progressent encore alors que la guerre en Iran perturbe les flux pétroliers et pousse les coûts de l’énergie dans une fourchette de forte volatilité, creusant l’écart entre l’optimisme des investisseurs et les mises en garde selon lesquelles ce choc pourrait alimenter l’inflation, comprimer les entreprises et accroître le risque de récession.
Le S&P 500 a touché un nouveau sommet intrajournalier historique de 7 230,12 le 1er mai, selon CNBC, malgré une envolée des prix de l’énergie depuis le début du conflit entre les États‑Unis et l’Iran le 28 février. Les instantanés des cours du pétrole varient selon le moment et l’indice de référence : CNBC a rapporté le Brent à 111,23 $ le baril lundi, CBS News a indiqué que le Brent avait brièvement dépassé 126 $ jeudi, et la BBC a placé le Brent à environ 110 $ après des fluctuations qui l’ont amené près de 120 $ puis sous la barre des 100 $. Ces chiffres différents pointent vers la même question centrale : les marchés traversent un choc pétrolier exceptionnellement instable.
Pourquoi les stratèges s’inquiètent
Amrita Sen,fondatrice et directrice d’Energy Aspects, a déclaré à CNBC que les économies mondiales pourraient être en train de « somnambuler » vers une « récession assez importante », les investisseurs minimisant les conséquences de la hausse des coûts énergétiques. Elle a décrit l’ambiance des marchés d’actions comme une « euphorie extrêmement mal placée », estimant que la pression ne se limite pas à l’Asie et risque de se propager aux secteurs fortement dépendants du carburant, du gaz naturel et des intrants dérivés du pétrole.
Le détroit d’Ormuz est le principal point de pression. Cette voie navigable transporte normalement une part importante des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié, et plusieurs sources consultées dans le dossier le décrivent comme effectivement fermé ou gravement perturbé. L’OPEP s’est engagée à augmenter la production, mais Sen a mis en garde que ce geste reste largement symbolique s’il ne peut remplacer rapidement l’offre perdue.
La préoccupation ne porte pas seulement sur l’essence. La hausse des coûts du pétrole et du gaz peut se répercuter sur le kérosène, les produits chimiques, les engrais, la production alimentaire et l’industrie manufacturière. Jens Eisenschmidt, économiste en chef Europe chez Morgan Stanley, a dit à CNBC que les compagnies aériennes s’inquiètent du kérosène, que les prix de l’essence aux États‑Unis augmentent et que les fabricants sont exposés même lorsque leurs produits n’utilisent que de faibles quantités de pétrole. Il a affirmé que les tensions dans le système augmentent visiblement et a averti que l’Europe pourrait se diriger vers un « jour de vérité ».
Les tampons d’approvisionnement peuvent masquer l’impact réel
Le président‑directeur général d’Exxon Mobil, Darren Woods, a déclaré vendredi que les prix ne reflètent pas encore l’ampleur totale de la perturbation. Il a dit aux investisseurs que les tankers déjà en transit, les libérations de réserves stratégiques de pétrole et les stocks commerciaux avaient aidé à amortir le marché au début de la guerre, mais que ces tampons pouvaient s’épuiser si le détroit d’Ormuz restait fermé.
« Il y en aura davantage si le détroit reste fermé, » a dit Woods, selon CNBC. Il a ajouté que les flux pétroliers depuis le golfe Persique pourraient mettre un à deux mois à se normaliser même après la réouverture du détroit, car il faudra repositionner les pétroliers, résorber les retards et livrer les cargaisons.
Exxon a indiqué que sa production au Moyen‑Orient chuterait de 750 000 barils par jour par rapport à 2025 si le détroit restait fermé jusqu’au deuxième trimestre, et Woods a déclaré qu’environ 15 % de la production totale de la société avait été affectée par la fermeture. La société a aussi révélé que des attaques iraniennes contre le hub d’exportation de gaz naturel liquéfié du Qatar avaient endommagé deux lignes de production dans lesquelles Exxon détient une participation.
Les consommateurs et les entreprises ressentent déjà la pression
La pression se manifeste au‑delà des écrans des matières premières. CBS News, citant AAA, a rapporté que le prix moyen de l’essence aux États‑Unis a atteint 4,39 $ le gallon vendredi, en hausse de neuf cents par rapport à la veille et de 34 cents par rapport à la semaine précédente. Au Royaume‑Uni, un ministre de haut rang, Darren Jones, a déclaré à la BBC que des prix plus élevés de l’énergie, de l’alimentation et des billets d’avion pourraient durer au moins huit mois après la fin du conflit, bien qu’il ait estimé qu’une pression sur les prix était plus probable que des rayons de supermarché vides.
Certaines entreprises énergétiques profitent du tumulte. BP a annoncé un bénéfice du premier trimestre de 3,2 milliards de dollars, plus du double de la même période un an plus tôt, après ce qu’elle a qualifié de performance « exceptionnelle » de son activité de négoce de pétrole. La BBC a rapporté que la division clients et produits de BP, qui inclut le négoce, a généré 2,5 milliards de dollars de profit, contre 103 millions un an plus tôt. Dans le même temps, BP a indiqué que la production entre avril et juin devrait être plus faible, en partie en raison des perturbations au Moyen‑Orient.
La prochaine épreuve est de savoir si le détroit d’Ormuz rouvrira, à quelle vitesse les flux d’énergie se normaliseront et si les prix plus élevés resteront temporaires ou s’enracineront dans une inflation plus large. Eisenschmidt a dit qu’une résolution rapide pourrait permettre à la Banque centrale européenne d’ignorer la flambée actuelle, mais a averti que la fenêtre pour cet issu se rétrécit. Tant que la route maritime et la trajectoire du conflit restent incertaines, le rallye du marché repose aux côtés d’un risque qui n’a pas disparu.
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