De plus en plus de navires commerciaux sont déroutés autour du cap de Bonne-Espérance, en Afrique du Sud, alors que les conflits perturbent les grands corridors maritimes du Moyen-Orient, ce qui accroît le risque que des bâtiments percutent des baleines dans l’un des habitats de baleines les plus importants au monde.
La préoccupation a été soulevée dans une étude présentée ce mois-ci lors d’une réunion de l’International Whaling Commission, selon des informations citées par Al Jazeera. Les chercheurs avertissent que le trafic maritime le long de la côte sud-ouest de l’Afrique du Sud a fortement augmenté, plaçant les baleines dans des couloirs plus fréquentés au moment où plusieurs espèces se nourrissent, migrent ou se rassemblent dans la région.
Comment la guerre modifie les routes maritimes
Le trafic par la mer Rouge et le canal de Suez est déjà perturbé depuis novembre 2023, lorsque les forces houthies ont commencé à viser des navires dans la région. Plus récemment, des attaques contre des navires et des restrictions autour du détroit d’Ormuz ont poussé davantage de compagnies maritimes à faire passer leurs navires autour de l’Afrique australe.
L’ampleur du changement apparaît dans les données de trafic citées dans le rapport : au moins 89 navires commerciaux ont contourné l’Afrique australe entre le 1er mars et le 24 avril, contre 44 à la même période en 2023, selon le PortWatch Monitor de l’International Monetary Fund.
Pourquoi les baleines sont vulnérables
Les eaux sud-africaines abritent plus de 40 espèces de baleines. La zone du cap de Bonne-Espérance accueille des baleines franches australes, des baleines à bosse et des baleines de Bryde, ainsi que des orques, des cachalots, des petits rorquals et des dauphins. D’importants groupes de baleines à bosse se nourrissent dans la région avant de migrer chaque année vers l’Antarctique.
Selon les chercheurs, le danger ne tient pas seulement à l’augmentation du nombre de navires, mais aussi au fait que les baleines peuvent ne pas s’écarter à temps. Els Vermeulen, de l’University of Pretoria, qui a dirigé l’étude présentée à l’International Whaling Commission, a dit à l’AFP que le trafic à grande vitesse représente le plus grand risque et que ce type de trafic a quadruplé.
Certaines populations se sont rétablies depuis le déclin de la chasse commerciale, notamment les baleines franches australes et les baleines à bosse, mais d’autres demeurent en difficulté. Selon le rapport source, les baleines bleues de l’Antarctique, les rorquals communs et les rorquals boréaux figurent sur la Liste rouge de l’Afrique du Sud comme espèces en voie de disparition ou en danger critique.
Comment réduire les risques
L’étude indique que même de modestes décalages des couloirs de navigation, plus au large des côtes sud-africaines, pourraient réduire de 20 à 50 % le risque de collisions pour certaines espèces de baleines. Des experts recommandent aussi de réduire la vitesse, ce qui diminue la probabilité de collisions mortelles et le bruit sous-marin, ainsi que des systèmes d’alerte avertissant les navires lorsque des supergroupes de baleines se trouvent à proximité.
Le ministère de l’Environnement de l’Afrique du Sud a indiqué à l’AFP que « toutes les solutions et mesures d’atténuation disponibles seront examinées » pour protéger les baleines autour du cap de Bonne-Espérance. Reste à voir si les autorités maritimes et les compagnies de transport agiront assez vite pour ajuster les routes ou les vitesses alors que le commerce mondial continue de se réorienter autour de l’Afrique australe.
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