Les nichoirs construits pour abriter les chauves-souris peuvent devenir mortels pendant les vagues de chaleur, affirment des scientifiques, alors que les changements climatiques entraînent des chaleurs extrêmes plus fréquentes et plus intenses. Selon des spécialistes de la conservation, la solution consiste à ajouter davantage de nichoirs aux conceptions variées, et non à les retirer.
Les chauves-souris subissent déjà des pressions liées aux maladies et à la perte d'habitat, ce qui explique, selon les experts, que les nichoirs demeurent importants. Parmi les quelque 1 400 espèces de chauves-souris connues dans le monde, 25 sont considérées comme gravement menacées, 87 comme en voie de disparition et 110 comme vulnérables, selon l'Union internationale pour la conservation de la nature.
Ce qui s'est passé en 2018
Au parc régional ƛ̓éxətəm, à Port Coquitlam, en Colombie-Britannique, environ 800 chauves-souris femelles utilisent chaque été un groupe de grands nichoirs en bois pour mettre bas et élever leurs petits. John Saremba, passionné de chauves-souris qui participe depuis plus de dix ans aux soins de la colonie, est arrivé pour une vérification de routine en juillet 2018 et a trouvé 65 chauves-souris mortes.
« Nous sommes arrivés ici et j'étais complètement dévasté », a-t-il dit.
La colonie avait survécu à une vague de chaleur un mois plus tôt. Leah Rensel, doctorante en biologie de la faune à l'Université du Montana, qui étudiait alors les chauves-souris, a indiqué que la température à l'intérieur des nichoirs avait dépassé ce qu'elle estime être 44 °C, un seuil létal pour l'espèce.
Mme Rensel soupçonne que les chauves-souris sont restées parce que la colonie était vraisemblablement en période de mise bas et que les mères ne voulaient pas quitter leurs petits.
Comment les nichoirs se réchauffent
Les femelles gestantes et allaitantes recherchent des gîtes chauds afin de consacrer leur énergie à la mise bas, à l'allaitement et à la chasse plutôt qu'à la régulation de leur température corporelle. Selon Mme Rensel, la plage idéale pour la petite chauve-souris brune et le myotis de Yuma se situe entre 35 °C et 41 °C.
Les nichoirs en bois peuvent chauffer rapidement, surtout lorsqu'ils sont peints en noir et exposés en plein soleil, comme ceux de Port Coquitlam. L'air confiné ajoute aussi de l'humidité.
« Quand on combine température et humidité, on obtient un stress thermique », a déclaré Cori Lausen, directrice de la conservation des chauves-souris à la Wildlife Conservation Society Canada et directrice de thèse de Mme Rensel. Elle a souligné que les chauves-souris ne transpirent pas, ce qui rend le refroidissement plus difficile.
Des solutions proposées
Mme Lausen affirme qu'il faut ajouter des nichoirs, et non en retirer. Elle recommande de les placer à moins de 100 mètres les uns des autres afin que les chauves-souris puissent changer de gîte pour se réchauffer ou se rafraîchir, avec un minimum absolu de trois par propriété. Elle suggère de varier les tailles, les modèles, la ventilation et les couleurs de peinture, qui influent sur la quantité de chaleur absorbée par les chauves-souris.
Elle a aussi évoqué les « condos pour chauves-souris », des structures dotées de différents espaces qui permettent aux animaux de passer d'un microclimat à l'autre sans quitter le gîte, un peu comme dans un vieux grenier.
M. Saremba a ajouté de l'ombrage aux anciens nichoirs à l'aide de couvertures blanches et a aménagé des sorties de secours avec des tuyaux en PVC. Selon lui, les décès ont cessé après ces changements. Il a aussi construit un mini-condo censé imiter un grenier, avec un espace où les jeunes chauves-souris peuvent s'exercer à voler.
Selon un article de 2019 paru dans la revue Biodiversity and Conservation, les chauves-souris limitent aussi les populations d'insectes pouvant endommager les forêts et les cultures, et elles dispersent des graines dans les forêts tropicales et subtropicales.
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